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Dites-le avec des mots n’a jamais été le réceptacle de mes humeurs, de mes joies ou de mes tristesses… Dites-le avec des mots, c’est mon envie de parler des autres, de les « portraiturer », de les raconter… Et ce soir ne fait pas exception. C’est encore et toujours mon envie de parler des autres qui me pousse à écrire. A la différence des articles précédents, les hommes, dont je veux vous parler, échappent à la règle. Je ne leur ai pas demandé leur accord, je ne leur ai rien fait lire… Alors je ne les citerai pas, pas avant qu’ils n’acceptent… Et parce que de la même façon, ils ne m’en ont pas donné l’autorisation, je ne dévoilerai pas les photos. Pas pour l’instant.

Ce matin, ma « patronne du moment » m’a demandé de prendre quelques clichés de son atelier pour accompagner un article qui sera consacré prochainement à son entreprise. Je ne suis pas photographe, je ne fais pas vraiment attention au cadre, à la lumière, aux règles, à la vitesse, à tout ce qui m’a été dit dans un cours pour photographe en herbe, mais dont j’ai tout oublié… D., J., S. ou encore O. sont mes collègues pour quatre mois, peut-être moins, le temps nécessaire, le temps de l’intérim. Après le livre, quelques portraits et le temps du chômage vient celui du travail précaire. Je ne suis pas la seule dans ce cas, dans cette entreprise ou dans d’autres. Pas de larmoiement, pas d’apitoiement sur mon sort, un simple constat. Une désillusion de plus, à ajouter à mon gilet jaune.

Mais revenons à l’essentiel. Evidemment, avant même de les matraquer de flashs, je les ai prévenus du pourquoi de ma présence et de l’appareil. Ils ont accepté. Avaient-ils vraiment le choix ? Je ne crois pas le leur avoir laissé. Je tenais tellement plus à les avoir, eux, que les machines sur les images. Je suis d’abord repartie pour me faire oublier puis suis discrètement revenue. Je les ai observés de loin, je ne voulais pas les gêner, les interrompre dans leur travail. Je me suis rapprochée doucement. J’ai déambulé dans l’atelier, errant à travers les machines, cherchant des angles qui puissent me convenir, cherchant à les surprendre dans l’action… Ils n’ont pas pris une seule fois la pause. Je leur avais demandé de ne pas le faire. Je me suis amusée à être, l’espace d’un instant, dans la peau d’une photographe et j’avoue que ça m’a bien plu. Les vrais photographes ne s’amusent pas, eux, ils travaillent évidemment. La séance terminée, je suis moi-même retournée à mes occupations, disons à mon travail !

Ce soir, bien après les heures de bureau, j’ai découvert les images. J’y ai vu la concentration, le travail appliqué, le calme et certainement ce qu’il y a de plus beau : des sourires à la dérobée. Ils m’ont rendu heureuse sans même le savoir. J’ai recadré parfois, pour ne garder que l’essentiel, D., S., J. ou O., le savoir-faire de cette entreprise. S’il faut des chefs, des investisseurs, des dirigeants, je n’oublierai jamais ce que mon grand-père m’a toujours enseigné, avant toute chose, il y a des hommes et toutes ces belles réalisations que l’on retrouve sur des bâtiments ou des maisons, elles sont le fruit des mains et du labeur de mes collègues.

Chaque jour, je retrouve ces messieurs peu après neuf heures. Ils sont là depuis une heure déjà dans le bruit des machines. Ils coupent, ils mesurent, ils vissent, ils encastrent dans la solitude de leurs tâches, discrets et attentifs. J’aime mon petit rituel, celui de venir les saluer chaque matin depuis quelques semaines et ils sont, je le sais déjà, ce que je regretterai le plus lors de mon départ. Nos mains se serrent avec courtoisie et respect. Un mot ou deux, des banalités pour certains, le meilleur moment de ma journée de travail pour moi. Merci Messieurs mes collègues.

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